Tuệ Lạc

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Que pense un croyant bouddhiste de l’Economie ?

Conférence donnée par le chercheur bouddhiste Tuệ Lạc le 12/06/2016

à l’Académie bouddhique Linh Sơn à VITRY

Traduit en Français : Madame Lieu DUONG

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THÈME :

Que pense un croyant bouddhiste de l’Economie ?

ou

Prise de conscience bouddhiste du karma collectif à travers les «cycles économiques»

 

Lors de cette conférence, je me permets de vous informer que c’est le septième chapitre du livre intitulé «Prise de conscience du karma collectif» que nous avons édité en Vietnamien il y a quelque temps.

Pour aborder l’«Economie», nous sommes obligés d’oser dépasser le cadre habituel du sujet en parlant de «prise de conscience du karma collectif à travers les cycles économiques» et non pas de «prise de conscience du karma collectif  dans le domaine économique» ou dans l’appareil économique au sein de la structure sociale actuelle.

--Pourquoi ? --Parce que les cycles économiques, d’après le Bouddhisme, se trouvent en dehors de la loi élaborée par les hommes. Tandis que «le domaine économique» ou «l’appareil économique» fait partie de l’économie et rentre dans le cadre de l’intelligence ou de la créativité (foncièrement égoïste) de la société humaine.

«Les cycles économiques» impliquent tout ce qui se rapporte à la satisfaction des besoins, à l’amélioration de la vie des gens, grâce aux découvertes de l’homme auxquelles s’ajoutent les raisons de la Nature. Le Bouddhisme peut appeler les Raisons de la Nature ainsi que les découvertes et l’adaptation de l’homme à la vie économique par le nom de force du karma collectif.

On a souvent l’habitude de dire que l’homme peut avoir plein de projets mais c’est Dieu qui décide de la réussite ou non (l’homme propose, Dieu dispose), que malgré le degré d’éloquence sophistiquée ou d’intelligence, l’homme n’est pas toujours maître du résultat.

Mais l’économie dirigée lucidement par l’homme reste un élément nécessaire à la vie de l’humanité. Elle représente le côté positif de l’esprit humain, c'est-à-dire la production, l’entretien, la gestion et la distribution ou la «fourniture» quotidienne de ce dont l’homme a besoin pour qu’il en soit relativement satisfait physiquement et moralement.

Nous supposons que le terme «économie», tel que prédéfinie, est initialement issu de quatre mots sino-vietnamiens «kinh bang tế thế» qui veut dire «mobiliser» les recettes pour les distribuer parmi la population laborieuse, productrice et collaboratrice.

L’économie, c’est la méthode visant à faire bénéficier à chacun la part qui lui est due, distribuée équitablement suivant les mérites de son activité dans la communauté ou dans l’environnement naturel qui, ici, désigne l’époque primitive du troc.

A partir de là, l’économie au sens large consiste à faire fonctionner efficacement les rouages de l’offre et de la demande de l’être humain tels que :

Production et consommation

Publication et stockage

Conservation et transformation

Blocage à une certaine date et Déblocage

Monopolisation et partenariat commerciale….

Ces transactions doivent être réalisées entre les frontières géographiques petites ou grandes, aujourd’hui appelées marché intérieur ou extérieur (commun), sur une base d’équité pour les échanges import-export de marchandises ou de gages monétaires de même valeur.

Mais la société humaine évolue sans cesse. Le sens classique du mot économie a aussi changé. Actuellement l’économie est le nerf vital de tous les Etats du monde. Plus les hommes progressent, plus les décisions sur l’ouverture incontournable de l’appareil économique auquel ils s’accrochent, qu’ils améliorent et dirigent, doivent être subtilement réfléchies.

Avec une économie florissante, le niveau de vie de la plupart des habitants de tel pays ou de telle région est relativement correct. Avec une économie en déclin, la population presque entière en souffre. Une chose est sûre : même avec un système économique le plus sophistiqué, l’homme n’est toujours pas satisfait.

Aussi le proverbe «l’homme propose, Dieu dispose» reste toujours d’actualité.

Ici nous approfondissons sur le mot Dieu. D’après le Bouddhisme, Dieu n’est autre que le Karma collectif car il ne pourrait exister un Dieu tout puissant pour jouer le rôle de créateur qui, sur le plan économique, détient le pouvoir de distribution suivant les récompenses ou les punitions de chacun. Ce n’est pas la peine de se poser la question sur l’origine de Dieu.

Le Karma collectif ici implique les cycles économiques de l’univers nés de notre esprit perturbé et émotionnel.

Et c’est pourquoi, dès le début, nous nous sommes permis d’aborder «les cycles économiques» pour présenter la profonde philosophie du Bouddhisme à travers les forces cachées du Karma collectif.

D’après le Bouddhisme, le bon Karma ou le mauvais Karma est l’étalon de mesure invisible d’une communauté économique. Celui qui dans des vies antérieures a lucidement accompli de bonnes actions renaîtra et vivra dans un milieu aisé.

Evidemment, sa «belle étoile» (ou sa chance) l’aidera dans cette vie à réussir de bonnes études grâce à son intelligence (innée). Et grâce à ses études, il a la vue juste, avec beaucoup de possible bonté de cœur et beaucoup d’idées évolutives pour continuer à bien œuvrer pour les vies postérieures.

Aussi, il est inconcevable que quelqu’un qui a beaucoup de bonté de cœur, beaucoup de bonnes intentions (vue juste) dans les vies antérieures puisse se réincarner dans une société où les malheurs priment considérablement sur les bonheurs, comparé à la majorité environnante qui, au contraire, est dans l’ignorance et a des idées malveillantes, symbolisée par la torture (supplice).

Dans l’esprit de sasāra ou réincarnation, l’immuable loi du Karma collectif n’admet pas une telle coexistence de karma opposés. Par exemple, une personne instruite ne cherche jamais à rentrer en contact ou à collaborer avec un illettré rustre. Ils ne coopèrent pas, non pas parce qu’il est question de condescendance du partenaire mais à cause de l’incompatibilité de condition.

Cela veut dire que l’économie des porteurs de bons karma ne peut pas être confondue dans celle des porteurs de mauvais karma, avec un écart (contraste) trop important, comme la place habituelle du bloc de glacier n’est pas au milieu d’un désert immense et torride sous le soleil brûlant de quelque part. -Nous pouvons qualifier cette situation d’absence de karma collectif direct.

Mais la discussion sur le karma collectif indirect (ou karma universel) mène à un autre problème plus profond qui se rapporte aux quatre mots «phật pháp vô biên» ou Bouddhisme incommensurable, de nature très merveilleux et complexe.

Ceci veut dire que, quand le cadre des karma collectifs comprenant l’ensemble de l’humanité sans distinction de bons ou de mauvais s’élargit dans ce monde de décalage, de relativité et de déséquilibre perpétuels, c’est cela le karma collectif indirect.

Dans les sutra, l’exemple de Siddhatta Gotama Bodhisattvà en est l’illustration : aussi vertueux soit-il, mais avant de devenir Bouddha, dans sa dernière vie, il a dû subir «un karma collectif» spécial ou indirect avec Devadatta, son disciple et en même temps son cousin germain, habité par des intentions malveillantes qui ne cherche qu’à le nuire et avec la princesse Yasodhara qui lui a donné un enfant. C’est là son ultime karma collectif dont il s’est acquitté d’une façon intégrale.

Aussi, la prise de conscience du karma collectif direct par conséquent joue un rôle primordial dans les cycles économiques au sein de la coexistence. Ces «mouvements cycliques» dépendent du rapport bons/méchants des individus dans leur communauté, et d’une communauté à l’autre, et non pas de la volonté d’un quelconque être suprême.

Celui qui a la foi bouddhiste, qui est imprégné du Dharma de l’Eveillé voit les phénomènes économiques qui se développent ou régressent avec les yeux d’un initié clairvoyant et plus libéral.

Et avec ses connaissances conventionnelles acquises à l’école ou dans la vie, l’économiste qui a compris cet enseignement de Bouddha restera serein car il sait exactement vers quel côté penchera la courbe du cycle économique afin de faire face à cette réalité d’une façon adéquate, minimisant ainsi inquiétudes et conflits.

En raisonnant ainsi, nous ne voulons pas sous-évaluer les connaissances et expériences conventionnelles des professionnels de l’économie mais seulement insister que l’intelligence humaine aussi pointue soit-elle n’arrivera pas à vaincre le karma collectif.

Cela signifie que, pour neutraliser le mauvais karma collectif, l’homme doit s’efforcer à faire du bien au lieu d’utiliser son intelligence pour des supercheries malhonnêtes.

Dans le système social (d’après la tendance bouddhiste), on s’en tient toujours au TÂM ou Conscience de la majorité des gens, pour voir si elle est enclin vers le bien ou le mal, éveillée ou ignorante, pour pouvoir évaluer l’orientation du développement de l’économie.

Si à travers le temps, les progrès scientifiques, dans certains domaines, peuvent améliorer la vie des hommes, au contraire ils peuvent aussi être exploités par la cupidité et l’égoïsme de ceux qui détiennent le pouvoir, et deviennent ainsi dangereux pour les miséreux plutôt que de leur venir en aide.

Ainsi, la science peut faire de très grandes avancées, il n’est pas sûr qu’elle soit bénéfique à l’humanité tout entière, dont une partie est encore en voie de développement. C’est la tendance prédominante de la conscience majoritaire de la communauté (petite ou grande) qui détermine «le problème économique». Cela signifie que la conscience est le CENTRE du circuit «avec ou sans l’éthique».

D’ailleurs, nous voyons cette réalité dans la vie de tous les jours : le bien attire le bien, le mal attire le mal. Prenons l’exemple de quelqu’un qui, grâce aux bonnes actions qu’il avait réalisées dans les vies antérieures, vit dans l’opulence avec des domestiques dans une économie florissante. Il est servi pour tous ses besoins. Il n’a pas besoin (ou rarement) de faire lui-même de mauvaises actions telles que tuer (un poulet), voler (une petite chose), commettre l’adultère banale ou mentir (sans raison majeur)… pour assouvir ce qu’il y a de plus courant dans sa vie quotidienne.

Ainsi, le porteur de bon karma n’a évidemment pas tellement besoin de beaucoup d’effort (apprarent) pour respecter les préceptes mentionnés plus haut. Tandis que ses serviteurs, parce qu’ils n’avaient pas fourni assez de bonnes actions, non seulement ils renaissent pauvres, doivent travailler dur et, en plus à cause de leur subordination, tuer ou enfreindre les autres préceptes. Leurs méfaits proviennent certainement de leur mauvais karma.

Un autre exemple : celui qui a un bon karma, possédant beaucoup d’argent, quand il investit intelligemment une énorme somme, il perçoit plein de profits annuellement (des millions de dollars). Pendant ce temps, un autre qui a un mauvais karma, ne possédant que peu d’économies, a une vie pénible, c’est au prix de maintes supercheries qu’il espère pouvoir survivre.

Dans le Bouddhisme, «le fruit résulte de la graine» ne sous-entend pas le «destin» mais n’est que la loi naturelle qu’on peut corriger, car le porteur de mauvais karma peut s’améliorer dans cette vie pour se défaire de ce mauvais karma.

Malheureusement de nos jours, beaucoup se trompent en pensant que, pour avoir un bon niveau de vie, il faut bien maîtriser les moyens ou astuces de production des différents domaines d’activités, sans scrupules, ne visant que le gain.

Certains argumentent que «la fin justifie les moyens». Autrement dit : Enrichissons-nous d’abord, on fera des bonnes actions après pour prouver qu’on a bon cœur, il n’est jamais trop tard !

Par ailleurs, le Bouddhisme ne réfute pas les valeurs positives et les formations professionnelles de la science économique ou toutes les expériences accumulées par les hommes (ou de progrès en général) qui contribuent efficacement à la vie communautaire.

Toutefois, en même temps, le bouddhisme souligne que la prise de conscience du karma collectif est aussi une philosophie économique qui transcende les limites conventionnelles. Et cette prise de conscience est la science orientative de base, pour préserver la prospérité commune et arrêter la désuétude.

De toute façon, depuis toujours l’économie et la société sont allées de pair. A une économie prospère correspond une société florissante, avec peu de drames, peu de conflits et de guerres. Dans une économie décadente, c’est chacun pour soi, c’est l’indiscipline (ou l’anarchie).

Les médias nous montrent de temps en temps que dans les pays nordiques, le taux de criminalité est relativement moins élevé, par exemple au Danemark, en Norvège, en Suède, en Finlande, en Autriche, en Islande, en Allemagne, au Japon et exceptionnellement en Israël (Moyen Orient).

Particulièrement dans les pays totalitaires ou monopartites, nous ne pouvons pas avoir une vue exacte de leur économie car le mot d’ordre du gouvernement est de maquiller la face négative de la société.

Ils usent toujours de la propagande sous toutes les formes d’activités dont ils sont les acteurs, tels les spectacles de propagande unilatérale, les festivals, les fêtes foraines pour «le développement social» et la «liberté de croyance» (origine de la dévotion et de l’obscurantisme ?)… pour rassembler les petites gens trop malheureux qui ne cherchent qu’à se distraire momentanément. Leur but est de dévier l’attention du peuple et d’entrainer les touristes étrangers pour obtenir leurs louanges sur le développement économique du régime.

Le gouvernement monopartite en fait étalage facilement et avec beaucoup de gaspillages puisqu’il a beaucoup de moyens. Toutes les ressources naturelles de tout le pays et humaines de toute la population sont dans leurs mains, ou de leurs proches et de leur parti.

Retournons aux états avec peu de crises sociales. Nous ne possédons pas les pouvoirs surnaturels pour bien évaluer les soucis des responsables élus librement par le peuple. Mais à travers leur façon de vivre, leur manière de gérer et leur prise de position face aux problèmes sociaux, nous constatons que le niveau d’esprit de cohabitation du peuple et des autorités de ces pays multipartites est très élevé.

Objectivement parlant, si la responsabilité économique se trouve dans les mains des trois éléments clé de la nation, l’état (arbitre), le patron et l’employé représenté par le syndicat (2 protagonistes), tous ces trois éléments, dans de tels pays, dont la plupart a déjà inconsciemment la prise de conscience du karma collectif, arriveront à résoudre ces problèmes sociaux d’une façon optimale et volontariste, sans trop de mise en scène.

Ces trois acteurs, même si dans la réalité, ne vivent pas dans des pays bouddhistes et n’ont aucune notion de karma collectif, mais nous pensons, soit qu’ils ont atteint «l’éveil» en pratiquant, soit qu’ils récoltent le fruit des bonnes actions réalisées dans des vies antérieures, pour que dans cette vie, naturellement conscients de la solidarité dans la vie humaine, ils puissent résoudre intelligemment les situations d’une façon assez adéquate. Bouddhéité signifie aussi l’éveillé.

Ainsi donc, la loi du karma collectif est la loi universelle. Elle ne s’applique pas seulement dans les pays bouddhistes.

D’un autre côté, la quête du nouveau, du pratique, du beau et du plus concret, sur les deux plans moral et matériel (même si l’on considère cela comme un aspect de la convoitise), en même temps avec courage, oser abolir les coutumes archaïques, les idées obstructives, les pensées farfelues ou néfastes, cela aussi est le résultat du bon karma du passé.

C’est justement cet esprit libéral, l’anti obscurantisme, progressiste qui a aidé les scientifiques, dans la civilisation actuelle, à parvenir à des découvertes merveilleuses qui dans le premier temps améliorent la vie matérielle des gens, puis ce progrès, appelé «modernisation», en s’élargissant, profite à une grande partie de l’humanité.

Autrement dit, la classe politique intellectuelle éclairée ci-dessus mentionnée a «évidemment» la conscience du karma collectif, base d’une économie juste de nos jours. Mais d’après le Bouddhisme, ce qu’on croit «évident» a aussi son «origine», seulement cette origine se trouve au delà de notre «capacité de nous souvenir de nos vies antérieures».

En résumé, d’après le Bouddhisme, les cycles économiques sont un problème d’association du spirituel et du matériel. Tout le monde sait que le matériel est représenté par la personne physique et la réalité substantielle de la nature biologique. Par contre, le spirituel est plus difficile à définir car il représente quelque chose de magique et de métaphysique.

Cette faculté de penser et de savoir orienter (un aspect de la vue juste) est spécifique à l’homme. Non seulement elle se trouve dans notre instinct (sensible) mais aussi en dehors de celui-ci (insensible).

D’après le Bouddhisme, tout ce qui se trouve en dehors de l’instinct est miraculeux !

 

Tuệ Lac (=NGUYEN Georges)

 

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TEXTE EN FRANCAIS